"Coral Glynn", so British

Publié le par Sébastien

Roman. Ca a la saveur des lettres anglaises, ses travers, son verbe, ses ambiances, mais ça n'est pas de la littérature anglaise. Il n'en faut pas plus pour qu'on s'arrête sur "Coral Glynn", le dernier roman de Peter Cameron.

Mais "que diable allait-il faire dans cette galère ?" Quelle mouche a bien pu piquer ce Yankee cinquantenaire pour qu'il s'intéresse aux us et coutumes de la campagne anglaise de l'après-guerre ? Que les choses soient claires : avant de lire "Coral Glynn", je ne connaissais Cameron ni d'Eve ni d'Adam.

Les deux seuls Cameron connus au bataillon ne m'engageaient d'ailleurs guère à lire l'oeuvre de leur homonyme : le premier, James, m'a profondément ennuyé avec son "Titanic", tout juste convaincu avec "Avatar" et à peine fait sourire avec "Terminator" ou "Point Break" ; le second, David, locataire du 10, Downing Street, est trop bien coiffé pour être honnête.

Trêve de digressions oiseuses et retour à Harrington, en rase campagne anglaise, au tout début des années 50. C'est là que se dresse Hart House, manoir aussi imposant qu'isolé, à proximité d'un bois. C'est là aussi que meurt à petit feu la propriétaire des lieux châtelaine aigrie en rupture avec son fils, Clement, blessé de guerre et de l'âme, qui traîne son amertume dans toutes les pièces de la bâtisse familiale.

Un triste tableau, dans lequel s'insère Coral Glynn, l'infirmière qui doit accompagner la châtelaine jusqu'à son dernier souffle. Il viendra bien assez vite, laissant la place à un roman de moeurs étonnant, introduit par une demande en mariage incongrue de Clement à Coral, le lendemain du décès de sa mère. 

Les dialogues masquent chez certains écrivains la faiblesse de la prose. Chez Cameron, rien de tel : c'est à travers eux qu'il dépeint avec férocité les travers de la bourgeoise anglaise de la countryside, abordant au détour de chaque page les tabous d'une époque : l'homosexualité, la voix des femmes -et souvent leur silence-, la violence du couple.

Un roman tout en ellipse, en non-dit, en pudeur. Un roman d'ambiance, où l'on voudrait s'ennuyer sans y parvenir. Un film, adpaté d'un roman de Jane Austen, m'avait donné ce sentiment : "Orgueil et préjugés". Assurément, "Coral Glynn" pourrait être porté sur grand écran. Une jolie comédie de moeurs si le roman ne portait pas autant de tragédies.

Une histoire à la saveur anglaise, quoi...

Peter Cameron, Payot/Rivages, 21,50 €

Est-ce volontaire ? C'est en tout cas Cameron lui-même qui nous suggère la musique pour accompagner ses lignes. "Black Swan" est le nom de l'hôtel de la ville d'Harrington, où Coral passe de longues heures. C'est aussi une référence à Tchaïkovsky et à son "Lac des Cygnes". Le Grand final, dirigé par Karajan, c'est ici : http://www.deezer.com/track/5517738

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M
Une très bonne chronique sur ma lecture actuelle (que pour l'instant j'apprécie fort).
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